Traduction lacanienne, Vol. 1

Vous êtes nombreux, chers disciples, à me réclamer des leçons de traduction lacanienne. Je suis bien conscient, moi, Jean-Marie de Lacan, du risque que cela constitue, que ce soit pour moi qui serai alors vilipendé par mes cogourous ou pour notre glorieuse discipline dont les rouages seront ainsi mis à nu. Je suis également au fait de l’importance capitale de l’enseignement : mes élèves ne seront-ils pas les gourous de demain?

Je choisis donc de briser pour un temps l’hermétisme psychanalytique pour la bonne cause de mes bons disciples qui sauront surement m’en remercier. Ceux-ci seront priés de ne garder aucune trace de mes leçons une fois qu’elles auront été consommées.

Pour commencer, il convient d’aborder le rôle et la nécessité de cet obscurantisme. Celui-ci n’est évidemment pas pratiqué par plaisir et nécessite de longues années de formation pour aboutir à la discordance désorganisée du grand chambellacan. De tels sermons visent à susciter la séduction, la fascination puis la domination. Tous les domaines doivent alors être abordés avec le même jargon pour augmenter l’emprise de la discipline : science, politique, médecine, philosophie etc.

Pour cette première leçon, étudions ensemble les magnifiques écritures de deux cogourous, à commencer par mon délicieux ami Don Courrielom qui, tout en présentant son association lacanienne integalactique (reconnue d’utilité publique), diffuse quelques dogmes essentiels :

Et elle [la Cure] va plus loin encore en démontrant que le bon sens privé cette fois, soit l’objet propre à chacun dans son fantasme, n’est que le bouchon propre à obturer l’angoisse suscitée par la béance dans l’Autre qu’ouvre l’interrogation sur ce qui conviendrait universellement pour satisfaire le désir.

Traduction : La vérité n’est pas là où on le croit mais là où la psychanalyse l’indique.

C’est notre chance, d’avoir affaire à un texte pour nous servir d’Autre, pour ceux qui veulent s’en servir comme d’un Autre, comme d’un Dieu Autre, d’avoir affaire à un texte qui est énigmatique, dont le sens n’est aucunement fixé, qui se prête à interprétation, mais il importerait que nous ne nous contentions pas de prendre la conduite des fidèles, mais que nous prenions la conduite de ceux qu’il a voulu former, c’est-à-dire que nous nous servions de cela même pour retenir ce que la psychanalyste a à transmettre, et ce que c’est, quelle est la position donc, du même coup, de celui qui a été formé.

Traduction : Notre bible nous permet d’avoir toujours raison puisqu’elle peut être interprétée comme bon nous semble. En revanche, pour s’y retrouver entre nous, n’écoutons que les gourous.

Nous finirons cette première leçon avec l’une des grandes sœurs de l’école du commerce freudien :

La psychanalyse propose certes de faire parler le symptôme plutôt que de le faire taire. Elle s’oriente aussi dans l’expérience à aller au delà d’un plus de signification pour qu’un sujet puisse appréhender la logique qui le gouverne. En parlant de logique, nous faisons référence à ce qui de la jouissance est enchâssé dans le symptôme. Ce point de réel autour de quoi circule la parole et qui vient faire butée au sens. La pratique analytique ne consiste pas uniquement dans la compréhension de l’oracle qui pèse sur le sujet. Elle vise aussi le retournement de l’oracle en un, en quoi suis-je concerné par ce qui m’arrive ? En cela les formations de l’inconscient sont à déchiffrer sous l’angle de la logique qui y préside et du réel en jeu. Au cours de l’expérience analytique le retournement de l’oracle en décision de l’être ouvre à une autre question ; Qui puis-je ? Dans cette question s’entend la responsabilité subjective. L’offre de la psychanalyse c’est cela aussi, accompagner le sujet là où pour lui commence le voyage, un voyage pas sans boiterie car le savoir est marqué d’une impossible écriture entre l’homme et la femme. Alors et c’est là tout le procès de l’expérience analytique, le passage d’une demande aliénée aux signifiants maître d’une société comme nous l’avons vu, à la décision du sujet. Comment va-t-il s’arranger avec cette « clocherie » qui faisait sa plainte et son symptôme ? Un nouveau savoir y faire s’inaugure, singulier, non collectivisable, en rapport avec le temps logique du sujet.

Traduction : La nébulosité des théories psychanalytiques permet certes de masquer leur stérilité mais également de séduire et de susciter l’engagement chez le patient par un argument d’autorité. Une fois ce processus enclenché, le psychanalyste devra progressivement convaincre son patient qu’il est indissociable de son symptôme, que celui-ci fait partie intégrante de sa personnalité qui ne saurait être amputée sans un équivalent de lobotomie. Le patient devra non seulement se résigner à ce symptôme mais aussi et surtout le cultiver si tant est qu’il souhaite un jour cultiver sa personnalité et s’épanouir. La dernière phase de la captation analytique consiste enfin à reprocher au patient de profiter de ce symptôme qui lui procure un plaisir malsain, ceci afin de susciter chez lui un pénible sentiment de culpabilité et une grande ambivalence en raison d’un contrepied total avec l’étape précédente. La confusion mentale engendrée constitue alors le lit de l’addiction qui retiendra le patient pendant de longues années.

Cette leçon s’autodétruira après lecture et assimilation.

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Catégories :Cas leçons, Ferai si Prêcha, Trouduction

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1 réponse

  1. C’est beau comme du Derrida!

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