Traduction lacanienne, Vol. 2

Chers disciples,

Pour cette deuxième leçon de traduction lacanienne, nous suivrons un cours du Cardinal Chat-Calin et précisément celui-portant sur la séance courte. Cette notion très controversée et impliquée dans un nombre considérable de scissions demeure pourtant bien légitime. Les interventions du cardinal ne se limitent pas à prouver le bien-fondé de cette séance courte mais affirment sa supériorité vis-à-vis de méthodes freudiennes rigides et désuètes.

Commençons donc avec un premier extrait en guise d’introduction :

La fois d’avant a un poids spécial, un poids qui se marque dans la parole. Peut-être fait-on justement des séances d’analyse pour qu’on ait sur le dos ce qu’on a dit la fois d’avant.

Traduction : L’un des meilleurs moyens de cultiver le symptôme se trouve dans l’éternel retour au passé, et dans l’espérance que la séance suivante apportera le soulagement tant attendu, le dénouement, la guérison de sûr-croit. Notre analyse devra se calquer sur les procédés scénaristiques d’une série américaine telle que Lost, qui laisse espérer à la fin de chaque épisode que la solution surgira au prochain, alors que le prochain ne fera que replonger plus profondément dans le passé.

Dans un deuxième extrait, le Cardinal Chat-Calin traite de l’incohérence dans un séance d’analyse :

Pour que cet incohérent ait une valeur, sans doute faut-il qu’il s’enlève sur le fond d’une certaine cohérence. Le prix est toutefois dans l’incohérent, dans ce qui ne colle pas, et qui peut très bien être fugitif. Il peut se faire que le joyau d’une séance d’analyse soit un minuscule, infime trébuchement qui indique le lapsus, ou encore l’incohérent de l’acte manqué.

Traduction : Il nous est essentiel de maintenir l’adepte dans l’incohérence. Il s’agit d’une part de la meilleure manière de cultiver les symptômes et d’autre part de masquer l’absence de but d’une cure analytique que nous aspirons à étirer vers un supposé savoir inatteignable. L’interruption prématurée d’une séance est à proclamer, de préférence comme une diversion, lorsque l’adepte se rapproche dangereusement de cette triste vérité.

Ce dernier extrait du cardinal est consacré au fameux « réel hors-sens » :

Le virage de l’ex-sistence, tel que je l’évoquai, est en jeu dans chaque séance analytique. La passe est le point de capiton d’une trajectoire, mais la levée d’une séance a la même structure. Qu’est-ce que le réel de l’acte analytique ? Ce qu’il y a de plus réel dans l’acte analytique, c’est la durée de la séance. C’est le solde cynique qu’on peut faire valoir. Ce qu’il y a de plus réel, de plus hors-sens, c’est la durée de la séance.

Traduction : Cette scansion pourra être présentée comme un refus d’insistance ou d’un acharnement thérapeutique dont on s’assurera préalablement qu’il a mauvaise presse. Cette euthanasie de la séance reste notre dernier rempart face au doute parfois redoutable de nos croyants, un doute que nous ne saurions voir devenir scepticisme et encore moins récalcitrance, et qui doit être tué dans l’œuf par ce retour au domicile prématuré au mieux assorti d’un calembours de diversion.

L’extrait suivant est prélevé dignement de l’effort collectif, de ce que les lacaniens nomment un cartel, lorsque plusieurs psychanalystes mettent en commun leur expertise de l’inconscient, ici au profit de l’école du commerce freudien du Cardinal Chat-Calin :

Au commencement donc, l’analysant s’offre à mettre en mots ce qu’il ne peut qu’à peine dire et de ce fait il met en acte la structure de langage de l’inconscient. L’analyste qui interprète, au moment opportun et à propos, fait résonner l’inconscient de l’analysant en puissance. Il ne commente pas ce qu’a dit l’analysant, n’en fait pas une construction à la fin de la séance; il opère plutôt avec une grande sobriété, souvent dans la coupure de la séance dont le dernier mot se détache dans sa pureté signifiante et vient s’ajointer à la chaîne signifiante, constituant ainsi la trame de l’inconscient d’un sujet. Seule une interprétation est à même de susciter le transfert qui amène le sujet à placer l’analyste en position de grand Autre du sujet lui-même et non pas en celle de semblable. À cet égard, le psychanalysant « fait » le psychanalyste, au sens fort du terme… « Témoin…, dépositaire…, référence…, garant…, gardien…, tabellion…, l’analyste, dit Lacan, participe du scribe ».

[…]

C’est dans ce parcours que se déploie le tact de l’analyste. Celui-ci se manifeste notamment dans le maniement du temps de la séance. Si l’inconscient est imprévisible, disparu aussitôt qu’apparu – un instant plus tard…, c’était perdu ! – c’est l’inconscient qui crée le temps de la séance et l’analyste épouse ce temps. Lacan comparait l’analyste à Orphée retrouvant Eurydice pour la perdre aussitôt de nouveau. Et pour l’analyste, refuser ce temps, c’est toujours intervenir trop tôt ou trop tard. C’est là affaire de tact et aucune règle ne peut y suppléer. Ajoutons que l’analyste est aussi pour Lacan un « maître zen » qui met tout son poids dans une coupure de la séance qui fait scansion temporelle et interprétation. Des effets de vérité peuvent alors émerger et se constituer en savoir.

Traduction : Nous sommes des chasseurs, maitres dans l’art de débusquer le grand inconscient. Nous avons créé celui-ci à notre image : fuyant, facétieux, pervers, insaisissable mais aisément universalisable. Cette chasse à l’inconscient demeure le meilleur prétexte au remodelage de la pensée, et donc du discours, de nos adeptes divanescents. L’espoir de ne plus se laisser diriger par l’inconscient tout puissant peut effectivement amener n’importe qui à errer de grotesqueries en grotesqueries, des « Grottes-est-ce-que-rit? » que nous aimons à assembler en colliers de nouilles pour constituer d’authentiques trophées de chasse. Ce butin de calembours et d’interprétations symboliques doit être pulvérisé avec parcimonie en direction de l’adepte de manière à susciter la fameuse admiration du grand Autre.

Il nous arrive hélas de manquer d’inspiration, notamment dans un demi-sommeil ou, à l’inverse, de nous livrer à quelques excès interprétatifs, que ce soit en quantité ou en qualité. Le danger que représentent ces déséquilibres, en ce qu’ils peuvent laisser entrevoir la forêt derrière l’arbre, sera prévenu par l’interruption brusque et inopinée de la séance. L’adepte sera alors immédiatement culpabilisé pour avoir fait fuir l’inconscient et quelques doutes seront volontiers formulés sur la possibilité de le retrouver un jour.

Cette leçon s’autodétruira après lecture et assimilation.

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Catégories :Cas leçons, Ferai si Prêcha, Trouduction

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