Phobies simples et touche-pipi

Chers disciples,

Je vous autorise par la présente à ne plus refouler votre colère face à ces hordes de cognitivos qui n’hésitent pas à qualifier certaines phobies de « simples » ou, pire, « spécifiques ». Ce mépris pour le grand inconscient ne restera pas éternellement impuni. Tandis que ces gredins ne cherchent qu’à nous robotiser, à nous discipliner, à nous confondre, donc à nous exterminer, nous nous devons de faire acte de résistance en scandant aussi bien à tue-tête qu’à « tu-tête » : « chaque individu est unique si bien que toute phobie ne peut que répondre à une cause unique ». Si cette phrase ne vous plait pas, demandez-vous pourquoi? Demandez-vous pourquoi? Mais pas trop.

Cette cause unique résulte de l’étreinte d’Œdipe avec le grand l’inconscient : il s’agit d’un conflit libidinal refoulé, d’une angoisse de castration qu’il conviendra de suggérer, de romancer, de diffluer jusqu’à ce que le chéri patient puisse continuer à jouir d’une angoisse qu’il considèrera comme seule et unique. Les parents resteront nos collabe-orateurs et souffre-douleurs. L’un sera désigné comme le réel objet d’un désir incestueux tandis que l’autre prendra les traits d’un agresseur castrateur qui s’ignore, le tout aboutissant, nous l’espérons, à un conflit de couple tout à fait conscient et catalyseur de la terreur de notre patient.

Pour ceux d’entre vous qui souhaiteraient perfectionner leur pratique analytique, je suggère de savourer les délicieux mots du père Jean-Pi Jabba d’Hiver qui s’exprime au sujet de l’arachnophobie dans une revue pour le peuple :

Chez ceux qui en ont la phobie, comment une si petite chose peut-elle provoquer une telle panique? « Cet animal cristallise symboliquement l’angoisse devant le féminin », révèle le psychanalyste Jean-Pierre Winter, auteur notamment de Dieu, l’Amour et la Psychanalyse (Bayard, 2011). Ses pattes évoqueraient le souvenir archaïque de la chevelure maternelle ; son abdomen, le visage ; et la bête entière renverrait à une femme cannibale menaçant son enfant de le « manger » de baisers. Quant à sa tendance à s’éclipser aussitôt aperçue, elle rappellerait la peur que tout adulte a pu ressentir nourrisson : celle de la disparition définitive de la mère. « La toile, inconsciemment associée à l’hymen, susciterait la crainte de le déchirer ou d’être pris dedans. » Installée en son centre, l’araignée évoque la vulve, l’inconnu noir, « avec ce que peut avoir d’effrayant, dans l’imaginaire, le sexe dévorant qui retient sa proie ». Mais, la vraie panique, c’est lorsqu’elle sort de sa toile.

Devenue insaisissable, elle nous ramènerait à une vieille angoisse de castration enfouie dans l’inconscient. « Quand les enfants découvrent la différence des sexes, ils imaginent que le phallus est amovible, chez les filles comme chez les garçons », éclaire le psychanalyste. Ainsi, le petit Hans, garçon de 5 ans étudié par Freud (in Analyse d’une phobie chez un garçon de 5 ans, 1909, repris dans Cinq Psychanalyses, PUF, 2010), était-il apeuré par le fantasme d’un pénis « dévissable avec des tenailles ». Un scénario suffisamment terrifiant pour engendrer une phobie de cet animal. D’autant que si « l’araignée symbolise la mère, impossible de la tuer », note encore Jean-Pierre Winter. 

Le mérite du père Jabba d’Hiver reste pourtant à modérer puisqu’il ne fait que poursuivre l’œuvre du Grand Prophète Premier qui montra la voie en sauvant le petit Hans de la castration paternelle. Nombreux sont les cognitivodémagos à avoir sombré dans le révisionnisme le plus abject en tentant de réinterpréter les textes sacrés à ce sujet. Certains proclament que ce pauvre Hans aurait été conditionné à la peur des chevaux suite à une vision traumatisante (un cheval qui chute), une phobie par la suite entretenue par des paroles sacrées :

Père : « Il me semble, tu sais, que ce n’est pas à un cheval que tu penses, mais bien à un fait-pipi, auquel on ne peut pas toucher avec la main »

Hans : « Mais un fait-pipi ne mord tout de même pas »

Père : « Peut-être le fait-il cependant »

[…]

Père (lors d’une visite au zoo) : « les grands animaux ont un grand fait-pipi et tu as peur en réalité des grands fait-pipi »

Comment ces comportementalofachos peuvent-ils se permettre de foutre le nez dans nos affaires? Nous n’allons pas, que je sache, fouiller dans leurs études bidonnées! Depuis la nuit des temps, nous savons qu’il est nécessaire de cultiver le symptôme, de l’habiller à la mode puis d’en faire jouir le patient pour que celui-ci finisse par s’en accomoder!

Le petit Hans n’a pas vraiment peur de ces foutus canassons! Il craint son père, la menace de castration qu’il représente, et ne fait que déplacer cette peur vers un objet avec un gros fait-pipi. Pour ceux qui en doutent encore, j’en ai la preuve sous la forme d’un nouvel échange entre Hans et son père :

Père : « Pourquoi es-tu donc venu aujourd’hui? »

Hans : « Quand je n’aurai plus peur, je ne viendrai plus »

Père : « Ainsi tu viens me trouver parce que tu as peur? »

Hans : « Quand je ne suis pas avec toi, j’ai peur; quand je ne suis pas au lit avec toi, alors j’ai peur. Quand je n’aurai plus peur, je ne viendrai plus »

Père : « Tu m’aimes donc et tu as peur quand tu es dans ton lit le matin; c’est pour ça que tu viens chez moi? »

Hans : « Pourquoi m’as-tu dit que j’aime maman et que c’est pour ça que j’ai peur, quand c’est toi que j’aime? »

Cette belle preuve de résistance aux théories freudiennes signe une nouvelle fois leur validité : saluons le prophète et notons au passage cette odieuse tentative d’exposition in vivo comportementalo-fasciste de Hans à laquelle son père tente de résister. Il ne fait aucun doute que ces escrocs de cognitivos ont encore envoyé l’un de leurs Terminators en 1908 pour essayer d’éliminer notre maître et sa science qui sauvera l’humanité.

C’était sans compter sur notre Sarah Connor, ou plutôt notre Vénérable ScatKKlein qui perça le mystère phobique chez de nombreux enfants :

« Son antipathie pour les arbres, qui pendant un certain temps prit la forme d’une peur de la forêt, venait en partie d’un fantasme : il craignait qu’un arbre coupé ne tombât sur lui. L’arbre représentait le grand pénis de son père qu’il voulait couper, et par conséquent, qu’il craignait.Vous l’aurez donc compris, il n’y a pas de phobies simples pas plus qu’il n’existe de phobies spécifiques. Tout est une histoire de castration. Je vous proposerai bientôt un mode d’emploi face au patient qui présente une névrose d’angoisse. En attendant, savourez mes mots, ce mémo et sachez toujours revenir au Prophète Premier.

Castrativement vôtre,

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Catégories :Blesse-Femme, Cas leçons, Concis des Rations, Non-Dupe-Elvis

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4 réponses

  1. Mais alors, la psychanalyse pourrait-elle être flouée par l’adoration au modèle de Spiderman ? La science analytique ayant été abandonnée outre-Atlantique, cette piste est à considérer.

    Une approche pré-évolutionniste d’une certaine mésunification dans la sexualisation, soit un homme un peu faiblard(l’image du père) s’effaçant souvent au profit de la figure adulée d’un arachnoïde (la mère, donc), figure dans laquelle le patient (Peter Parker) manifeste le rejet d’une sexualité saine – ça ne vous rappelle rien ?

    Car sans plus développer la sémiologie, le gâchis du « sperme » (pour s’accrocher à diverses infrastructures), ou son utilisation à des fins narcissiques (clouer le bec des méchants) laisse apparaître un fonctionnement clairement névrotique – ici précisément d’ordre oedipien, voir les signes : cette tante May excessivement couvée, cet acte manqué du patient qui conduisit à « l’accident » de l’oncle Ben…

    J’attends votre développement.
    Psychanalytiquement vôtre !

    • Oui rappelons tout d’abord que ce jeune Peter a bénéficié d’un doublement de l’angoisse de castration pour avoir été soumis successivement à deux couples parentaux. Les deux vrais parents, apparemment assassinés, puis l’oncle et la tante. C’est probablement ce doublement du complexe d’oedipe qui décupla ses facultés, la morsure d’araignée n’étant en réalité que symbolique et masquant des rapports sexuels éminement partouzesques et fantasmagoriques avec les quatres personnages sus-cités.
      Il y aurait certainement beaucoup à developper, notamment sur les fameux jets de spermes dont vous parlez et les propriétés « foutrement » adhérentes de cette semence.
      Je vous promets un prochain billet sur le sujet qui vous sera dédicacé, et qui sera certainement plus jouissif et fidèle aux valeurs freudiennes que la piètre performance de notre camarade Nicolas : http://heroscontemporainsetpsychanalyse.wordpress.com/2010/04/23/spiderman-ou-la-place-du-corps-a-ladolescence/

      • Du bas de mes 21 ans, j’en viens donc à aborder le même sujet qu’un clinicien comic(s)ement chevronné.

        N’ayant jamais vu cet article auparavant, je prend ça comme une intéressante confirmation – sans pour autant préciser ce qui en ressort, il n’en est besoin quand nos inconscients communiquent.

        Pour faire une ouverture, vous père-sevré dans mon sentiment cette jouissance père-verse (le sang) qui illustre parfaitement le déclin du Père dans Totem et Tabou.

        Divan-e-ment vôtre,

        • Cher Psychosomatix,

          Il n’y a pas, le moins du monde, à s’étonner de ta con-préhension de l’Inconscient.
          Notre Père à tous, le grand Sigmund, explique pourquoi :
          « Tout être humain possède dans son propre inconscient un instrument avec lequel il est en mesure d’interpréter les manifestations de l’inconscient chez l’autre »
          (Die Disposition zur Zwangneurose, 1913, Gesammelte Werke, VIII 445 ; Trad. Œuvres complètes, PUF, XII 88).

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