Traduction lacanienne, Vol. 3

Chers disciples,

Bien qu’il ne s’agisse que de seins-psaumes du sexe faible, l’âne au Mexique et la boule de mie nous con-cernent tous car une fois encore, l’avenir de l’humanité se joue sur nos divans. La leçon du jour portera donc sur ce qu’on entend dans certaines contrées appeler superficiellement trou-ble aliment-taire, mais qui n’est en réalité qu’une nouvelle question de jouissance, de ravage maternel sur le parlêtre et de manque de rien.

En préambule à cette traduction qui, je l’espère, vous ravira autant qu’elle vous ravivera, il convient de régurgiter hors de l’inconscient collectif quelques concepts lacano-laconiques de la meilleure espèce. La femme équivaut à l’homme moins l’homme (F = H – H = 0), ce qui, outre la sempiternelle « tête à Toto », doit nous faire évoquer la question du trou qui la définit. Autant que la femme est un puits sans fond, sa jouissance n’a pas de limites contrairement à celle de l’homme qui reste perpétuellement, hors psychose, sous le joug de la castration. Le désir de l’objet pénis vient logiquement s’interposer et guider le sujet femelle ailleurs que vers le néant, créant un manque salvateur de son inconscient qui permettra un comblement maternifié indispensable à la survie de l’espèce. Nous avons auparavant abordé quelques regrettables déviations perverties de ce désir, quelques détournements hors-pénis, notamment vers la stérile gouinopédie apocalyptique (0 + 0 = rupture spatiotemporelle retroversée). Nous avons également signifié le danger, lui aussi sans fond, provoqué par le refus féministe, actif, bruyant et vulgaire de cette quête du pénis.

Chez l’anorexique, il n’existe pas de refus de ce désir de l’objet phallique, du moins pas sous une forme active. Car si cette déviation d’objet semble inexistante, elle existe bel et bien : cet objet, c’est l’objet « rien ». L’anorexique mange du « rien » car elle manque du « rien ». La meilleure illustration de ce phénomène demeure tirée de mon intervention aux rencontres lacaniennes transatlantiques de Buenos-Aires en 1977 : « l’anorexique, c’est l’anneau-gastrique du désir qui créa le manque du rien, passant du coq à l’âne au Mexique ». Vous noterez le caractère visionnaire de cette délicieuse proclamation, notamment car à l’époque, l’anneau gastrique tel que nous le connaissons aujourd’hui n’existait pas, du moins pas autrement que dans le signifiant le plus prémonitoire. Cette ingurgitation de l’objet « rien » vient évidemment faire écran à une pression périnéale toxique d’une mère assoie-fée d’un pénis qu’elle aura auparavant exclu pour mieux dévorer vaginalement une fille de ce fait privé d’un phallus protecteur qu’elle ne sait plus désirer comme il se doigt.

Les préliminaires étant désormais con-sommés, con-centrons nous sur la traduction d’un texte particulièrement fort en hermétisme circonvolutoire et en diffluence septique. Un grade de chambellan niveau trois est requis pour en saisir toute l’absence de substance renversée. Il s’agit d’une sœur de l’école du commerce freudien.

Les jeunes filles anorexiques sont en demande insatiable d’amour. S’il s’agit de les suivre en cette voie, il ne s’agit certainement pas d’alimenter plus encore le ravage auquel elles ont, pour la plupart, affaire.

Traduction : quoique nous fassions de la demande de ces patientes, nous aurons raison de l’avoir fait.

Ce n’est sans doute pas un hasard si les anorexiques sont plutôt des femmes : la position anorexique n’est pas une position de refus de la féminité mais une tentative de traiter la jouissance féminine qui échappe à la signifiance, à la différence. Elle tente de nouer le réel avec le symbolique, véritable tentative de traitement par le symbolique d’une jouissance en excès. L’anorexique – névrosée – est aux prises avec une jouissance désarrimée qui signe la position féminine de son être. L’anorexique n’a que le corps – et ses jouissances – à avancer sur l’échiquier de la relation à l’autre.

Traduction : si les anorexiques sont plutôt des femmes c’est parce que l’anorexie est une jouissance typiquement féminine, à savoir une tendance à faire parler le corps du fait d’une difficulté à mobiliser le langage verbal.

Comment séparer le sujet de ce corps pris comme objet de jouissance dont l’Autre jouit à l’envi ? Comment la réintroduire à la dialectique désirante, entre don et demande ?

Traduction : comment rendre ces femmes plus évoluées tout en les faisant rester à leur place ?

L’appel à l’Autre de la demande est appel à l’Autre de l’amour qui ne va pas sans dire. Aux prises avec une jouissance qui peut la ravager, la femme en passe par une demande d’amour qui n’est rien d’autre qu’une demande d’être : l’amour qu’elle réclame a fonction de restauration de l’identification phallique et lui permet de ne pas se laisser toute emportée par la jouissance de l’Autre, un Autre qui au fur et à mesure qu’elle le fait consister, l’anéantit comme sujet. L’Autre vorace auquel l’anorexique a affaire l’annule comme sujet et la désabonne à l’inconscient. Le sujet trouve alors ses conditions d’existence d’une jouissance de l’être – ou jouissance de corps – sur laquelle le signifiant peine à avoir une prise.

Traduction : l’anorexie est le résultat d’une cannibalisation de l’inconscient féminin, source de jouissance pour le dévoreur et la dévorée. Cet « amour » est forcément destructeur puisqu’il ne suit pas les principes du signifiant lacanien.

L’anorexie de la jeune fille ne relève pas de quelque refus de la féminité ou des insignes de la féminité ; elle cherche bien plus à trouver ancrage là où le signifiant manque à dire l’être féminin et à trouver limitation à la jouissance qui la traverse. D’ailleurs, qu’elles soient mystiques, anorexiques ou mélancoliques, ces sujets, en position féminine, montrent par leurs conduites sublimes ou symptomatiques qu’il existe un autre moyen que la production hystérique pour limiter la jouissance. Un moyen qui ne soit pas du registre de l’objet a, de la jouissance phallique, du signifiant et qui pourtant puisse contenir le ravage du lien à la mère ; le convoquer pour l’éprouver et le traiter.

Traduction : ce refus du saint pénis au profit de la fameuse quête du « rien » demeure l’une des nombreuses conséquences dramatiques de l’influence d’une mère non dominée par le jonc du père.

De quel ordre est donc cette subsistance qui empêcherait, voire limiterait le ravage ? Lacan nous donne une indication dans Lituraterre à propos du sujet qui subsiste pour moitié de la rature, c’est-à-dire de la lettre. Il ne s’agit donc pas dans ce cas du registre du signifiant propre au symptôme lequel divise l’hystérique… Ce ne peut-être le signifiant, qui y échoue, mais la lettre – et en l’occurrence l’écriture – qui fera barrage au ravage, ainsi que Duras le formulait… ‘seule l’écriture est plus forte que la mère’1 ». La jouissance de l’Autre est interdite à l’homme par la castration, par la fonction de l’objet a et du fantasme qu’il détermine. Chez la femme, elle n’est pas interdite mais peut être limitée – par la lettre, par l’écriture. Chez l’anorexique comme chez l’inédique, il ne s’agit pas tant de produire un objet a en jouant de son refus comme d’un désir, que de jouer de son corps-déchet comme d’une lettre qui viendrait faire barrage au ravage de la mère.

Traduction : le meilleur moyen de protéger ces femmes des ravages de leur mère est de les instruire, par une alphabétisation qui viendra faire obstacle à la toxicité maternelle.

Le texte étant bien entamé, et vous, chers disciples, bien lancés, je vous laisse l’honneur d’achever cette traduction dans l’esprit de clarté qui nous illumine. Je m’en vais quant à moi renflouer mes caisses avec une série de séances, que je « compte » bien délivrer aussi courtes que possible.

Anorexiquement vôtre,

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Catégories :Blesse-Femme, Cas leçons, Mères Aboient Retord-Boyau, Terre à Pies, Trouduction

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2 réponses

  1. Un article ex-élan, de cet animal efféminé dont les multiples phallus passent littéralement par-dessus la tête.

    Les évolutionnistes ne sont pas freudiens pour rien.

  2. votre éminence
    bravo, continuez

    j’adore votre posture !
    ne pas prendre au sérieux une théorie qui ne l’est pas…
    la renvoyer à ce qu’elle est
    un objet de dérision
    un vain bavardage de salon
    un passe temps pour Trissotins et autres Précieuses ridicules….
    votre humble disciple….

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