Traduction lacanienne, Vol. 4

Chers disciples,

Cette nouvelle leçon de traduction lacanienne portera sur la délicate notion de fin de cure, que nous préférons tous concevoir en tant que faim de cure, n’en déplaise à nos dés-tracteurs. Par un heureux hasard, je constate que nos amis du temple de l’association lacanienne intergalactique consacreront bientôt un séminaire d’hiver à ce sujet. Je vous propose donc d’étudier certaines verbe-y-gère-rations de quelques fidèles du camarade Don Courrielom.

Entrons dans le vif du sujet avec un texte bien vigoureux du frère Gégé Tout à l’Heure intitulé « Déjà Fini? », et au sein duquel son prêche débute par :

Il y a toujours un côté déceptif après l’acte sexuel

Traduction : est-ce bien nécessaire?

Effectivement, ça coule de source, et un peu trop vite on dirait. Je pense à l’instant à ce que me disait un jour l’un de ces scélérats de cognitivos :

Tu sais Jean-Marie, si les lacaniens pensent qu’il n’y a pas de rapport sexuel, c’est probablement parce que ça fini trop vite pour qu’ils en prennent réellement acte

Le pauvre hérétique est depuis détenu dans nos cachots, mais il n’avait pas totalement tort. Il est vrai que depuis l’instauration de la séance courte, la durée d’un acte lacanien, qu’il soit sexuel ou thérapeutique, s’est progressivement réduite jusqu’à devenir indétectable par l’esprit profane.

Revenons au prêche du frère Gégé :

La répétition ne fait que courir après l’infini. Il en va de même de la cure analytique : tout le monde se plaint de sa durée, de sa fréquence au coût exorbitant et beaucoup se précipitent à nouveau pour un second tour puis un troisième…

Traduction : la goûter, c’est l’adopter!

Etrange phénomène n’est-ce pas que cette espèce d’accroche à la cure. Si je n’étais pas aussi bien au fait des mécanismes subtils et miraculeux du transfert, j’emploierais naivement le terme péjoratif « dépendance », que nous considérons totalement impropre à la-diction qu’en font les comportementalo-fachos.

le passage de la névrose à la névrose de transfert et la direction de la cure, vont se payer en bout de course d’une nette et troublante ingratitude

Traduction : il est normal de ne pas être satisfait.

Effectivement, les salauds de cognitivos croient avoir acquis la maîtrise du saint déplacement de symptôme, mais se refusent étrangement à manier le plus rentable d’entre eux : celui que nous appelons le transfert. Ainsi d’une pierre deux coup, le patient croit se débarrasser de son symptôme mais se lie parallèlement d’un amour triplement sain (sain, sein et saint) à son analyste. Il est alors bien légitime d’éprouver des difficultés à terminer une cure mais, n’ayez crainte, contrairement à la faim, la fin n’est ni obligatoire ni souhaitable :

Une psychanalyse rencontrera toujours de nouveaux problèmes et de nouveaux défis, ne serait-ce parce que la vie apporte de l’imprévu ; c’est ce que Lacan nomme l’ex-sistence, l’au-delà de l’écriture connue.

Traduction : la psychanalyse peut tout régler.

N’oubliez pas que tant que le patient continuera à jouir de son symptôme, de nouveaux problèmes s’offriront à lui, autant de garanties d’une cure bien longue, bien dure-râble, et bien vigoureuse. Comme ne l’aurait certainement pas mieux dit Francis Lalanne : « touchez pas les symptômes! »

En guise d’interlude, j’ai selectionné une phrase capitale du prêche d’une sœur également très éclairée qui résume à la perfection notre démarche :

L’analyse est une praxis qui concerne le dire et uniquement un dire qui puisse fait acte. Sans ce passage par le langage, par les mots, pas d’analyse possible.

Traduction : il faut dire ce qui vous passe par la tête au psychanalyste, mais certainement pas lui dire n’importe quoi, sinon ça ne marche pas.

Nous noterons que l’important n’est pas que le dire fasse acte, mais qu’il puisse le faire. Cette subtilité n’est pas négligeable, notamment lorsque nous faisons face à des patients insatisfaits qui nous reprochent encore et toujours la persistance d’un symptôme dont ils prétendent ne plus vouloir en jouir autant que nous. Et bien dans ce cas, n’oubliez pas de les mettre en face de leurs responsabilités : « vos dires pouvaient faire acte, mais votre inconscient n’a pas voulu ». N’est-ce pas là un argument imparable en faveur de la poursuite de la cure ?

Dans le cas où vous vous retrouveriez face à un vrai régal-citron, celui qui ne se laissera pas dévorer si facilement, le frère Cricri du Petit A vous propose, à la manière d’un prophète amphétaminé, de soumettre le patient à son petit texte qui saura sans aucun doute le remettre dans le droit chemin :

Tout comme Freud distinguait une conclusion (Abschluss) pratique de l’analyse et un infini de l’analyse, Lacan distingue 1) « la fin de l’analyse du tore névrotique », y compris ses bénéfices (L’Étourdit, AE 487-488) et 2) le « dire » qui ne serait pas oublié et resterait infini.

1) La conclusion pratique ou la fin de l’analyse du tore névrotique implique la topologie des surfaces : a) transformation du tore en bande de Moebius (coupure en double tour du tore, puis recollement de l’autre façon pour former la bande de Moebius), b) supplémentation de la bande de Moebius pour la transformer en cross-cap, enfin c) coupure à double tour du cross-cap qui isole une rondelle sphérique (l’objet a) et une bande de Moebius. Cette double coupure finale distingue l’analysé (la bande de Moebius) de l’analyste (l’objet a) qui, au terme, vaut comme déchet, comme abjection, et doit être rejeté comme devenu impropre (voire malpropre).

Cette opération laisse le dire oublié, enseveli avec la fin de la cure.

2) Au-delà de cette fin pragmatique, on peut soutenir le par-être du dire, par le par-être d’un « second-dire ». On ne s’attarde plus aux produits bénéfiques de la cure (qui restent du domaine du dit), on reprend le chemin du dire, du processus de la double coupure indépendamment de l’étoffe (de la surface). Le maintien et la mise au travail de l’équivoque du second-dire imposent la ronde des équivoques de l’interprétation (homophonique, grammaticale, logique). La ronde est infinie et elle s’explicite par la topologie du nœud borroméen à trois.

Traduction : non, vous ne voulez vraiment pas arrêter la cure…

Dans l’hypothèse où cette prestation limpide et magistrale n’aurait eu l’effet de rire comme futile, ni la paye escomptée, mieux vaut revenir aux bases du lacanisme fort bien exposées par la sœur Marie-Jeanne Séchée :

Les formulations de la question de la fin de l’analyse migrent vers un point extrême. Celui de la proposition selon laquelle l’homme est le siège d’une « soustraction d’être » génératrice de structure. La soustraction le fait humain et la parole en témoignent quoiqu’on dise. Voilà pourquoi le sujet humain possède un savoir qu’il n’est pas possible de connaître de manière frontale. Nous n’avons d’autre voie que le cheminement dans la langue où s’écrivent les traces de ce qui nous y inclut, noir sur blanc, avec les blancs et les silences du texte. Nous ne pouvons lire ces traces qu’en passant par un autre qui nous renvoie notre propre message sous une forme inversée. Le clinicien est celui qui accompagne un patient désireux de lire les traces qui sont les siennes, pour situer autrement la partition du réel qui le crucifie avec délices. Dans le meilleur des cas, la partition prendra place autrement, sans disparaître; elle permettra peut-être qu’advienne la part créatrice du sujet qui ferait de sa vie une oeuvre d’art.

Traduction : le psychanalyste est le seul maître des clefs de notre bonheur.

[Alerte au spoiler] En chacun de nous, au plus profond de notre inconscient pénien, sommeille un petit freudin, autrement appelé freudin sachet, qui gouverne notre sexualité, c’est à dire la base de toute notre vie. Ce petit freudin, privé de la parole, doit se servir de la nôtre pour communiquer. Il le fait donc de manière codée, par exemple en nous gratouillant les gonades de manière à ce que survienne un lapsus, un rêve ou un acte manqué. Seul le psychanalyste dispose du savoir millénaire lui permettant de déchiffrer le langage des petits freudins. Ainsi, tout ce que l’analyste demande à l’analysé, c’est de s’allonger, et de dire ce qui lui passe par la tête, tout en guettant l’apparition d’un message qui fera sens. Si vous pensez qu’un analyste n’échange pas avec son analysant, vous avez raison. Il communique en réalité directement avec le petit freudin de celui-ci, pour essayer de l’apprivoiser, de le raisonner, de l’amadouer, le tout dans le but d’améliorer les relations avec les extra-terrestres, mais ceci est déjà une autre histoire… [Fin d’alerte au spoiler]

PS : l’existence des petits freudins n’est enseignée qu’à partir du soixante-sixième grade de chambellan soit trois avant celui de cardinal. Vous nierez donc avoir eu connaissance de ces éléments de ma part sous peine de me voir emprisonné et mutilé de mon propre freudin.

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Catégories :Cas leçons, Ferai si Prêcha, Pro-Fesse Scie, Terre à Pies, Trouduction

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9 réponses

  1. J’ai lu avec émotion la prose du frère Christian Fierens, car elle me rappelle mes jeunes années.
    Frère Christian fut pour moi un faux-frère. A l’époque où lui, moi et quelques autres étions assistants du professeur Jacques Schotte à l’université de Louvain, il était en analyse didactique chez… le patron himself, un fait (mais qu’est-ce qu’un « fait » dira-t-il ?) soigneusement caché, un peu comme l’analyse d’Anna par Papa Freud.
    Ce que nous, les assistants, disions entre nous du patron revenait à celui-ci dans les associations de ce frère sur le divan du maître…
    Ce que le freudisme et plus encore le lacanisme apprennent de plus fondamental, c’est se foutre des règles, à commencer par l’arrêt devant un feu rouge quand on conduit une voiture. Pour en savoir plus sur cet exemple qui caractérise le style de vie lacanien, taper dans Google « EDPH2277 », puis choisir « Documents » et choisir: Lacan.Vie.Miller.doc

  2. Je prévois que le n’importe-quoi-dire-mais-pas-dit-de-n’importe-où de Frère Christian sera un sujet d’inspiration pour les spécialistes lacano-structuralistes de la COPPA. Si la chirurgie des surfaces Hay-Clerc le processus transféro-tirelipimpom de la cure-Tip, la résolution de la conjecture de Poincarré par le médaillé Fields Perelman ouvre la voie à la modélisation du Pa-King Burger Autistic. Qu’on se le dise !

  3. Honte à moi j’ai lappe-sucé ! C’est bien sûr de Poincaré qu’il s’agit, et même mieux de Point-Carré, mais certainement pas de Poincarré. Ah, cet inconscient, quelle phare-soeur …

  4. Vous confondez les freudins et les thétans…

    Incroyable que l’ALI soit reconnue d’utilité publique

  5. « complémentarité symbiotique » : on aime!

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