Le grand sectaurant

Chers disciples,

Nous, psychanalystes, et plus particulièrement nous, lacaniens devant l’éternel inconscient tout puissant, sommes régulièrement victimes de dénigrement de la part d’immondes personnages animés par un scientisme galopant, cavalcadant, sup-perso-niquant, qui tentent en vain depuis des décennies, de nous éradiquer de la surface de la Terre. Parmi toutes ces insinuations outrageantes et blasphématoires, il en est une qui revient étonnamment souvent au détour de quelques nœuds borroméens : la psychanalyse serait une secte dans laquelle nous serions embrigadés.

Quel méprise, quelle aberration vous dis je! Il n’en est rien, au contraire : la psychanalyse est l’ultime rempart contre les dérives sectaires, mon œuvre en est la preuve morte! Dans l’hypothèse ahurissante où vos interlocuteurs n’en seraient pas convaincus, je vous propose d’analyser un à un les critères de la dérive sectaire tels qu’affichés par la MIVILUDES, une mission que nous suspectons régulièrement d’être animée par le grand Autre capitaliste et de se livrer ainsi à quelques dérives d’ordre sectaire justement. Peu importe, analysons chers disciples :

La déstabilisation mentale

S’il existe une discipline qui ne se livre pas à de telles démarches, c’est bien la psychanalyse. Pourriez vous citer ne serait-ce qu’une autre discipline prétendument psychothérapeutique qui brille par autant de passivité que la nôtre? Il n’y a de suggestion dans la psychanalyse que l’écoute, et l’attente de l’émergence d’un désir, quel qu’il soit. Dans le cas où une complication surviendrait, ce n’est pas de notre faute puisque nous n’avons rien fait. Si nous ne pouvions empêcher la survenue d’une complication, c’est justement car nous ne pouvons nous laisser aller à un interventionnisme dont nous condamnons chaque jour les soubassements fascistes. Si nos analysants, nos analysés, finissent par succomber à la bienséance de nos théories sexuelles, à s’en masturber et à jouir de leurs symptômes, ce n’est que par l’émergence de leur désir et non du nôtre. Et si, malencontreusement, un ou deux symptômes disparaissent, nous ne pouvons assumer la responsabilité de ce désastre.

Le caractère exorbitant des exigences financières

Soyons sérieux. Aujourd’hui, en 1969, tout citoyen, qu’il soit français ou étranger, peut contribuer à sa jouissance en entamant une cure dont le coût dépendra de ses moyens financiers. Après tout, n’est-ce pas le cas des crèches pour nos petits d’Homme? Nous ne cessons de le répéter, pour que la psychanalyse marche, le psychanalyste doit être payé, par l’analysant, par son conjoint, par ses parents, par l’entourage au sens large, ou, le cas échéant, par la sécurité sociale. La fameuse garantie « satisfait ou résistant » ne s’applique qu’à partir du moment où le règlement fixé par l’analyste est versé, y compris si l’analysant est absent, car la cure se poursuit également sans la présence du curé. Lorsque l’analysant, gagné par la vérité même de son inconscient révélé, désire enfin rejoindre notre sect… pardon, notre cast… oups, notre congréga… non, notre mouvement, du moins faire grossir nos rangs et contribuer à les faire grossir en pratiquant lui aussi, il doit s’engager dans la cure didactique et attendre sagement la passe. Il est vrai que ce processus est encore plus couteux tant en énergie qu’en monnaie courante. Mais le jeu n’en vaut il pas le chant-d’elle?

La rupture avec l’environnement d’origine

Nos prophètes ont montré que l’environnement d’origine est systématiquement toxique pour tous. Ne serait-il pas suicidaire de vouloir y demeurer? C’est justement cette saine extraction, dirigée par le désir de l’analysant préalablement émergé, qui lui permet de tutoyer enfin la vérité à laquelle nous aspirons tous. Ceci fonctionne chez tout sujet dans sa singularité, que ces symptômes soient d’ordre névrotiques ou psychotiques, et à tout âge. Ce critère est donc retenu à tort par la MIVILUDES puisqu’il est salvateur pour tous.

L’existence d’atteinte à l’intégrité physique

Qu’une chose soit enfin clarifiée pour tous et pour toutes : le packing, que nous renommons empaquetage, n’a rien à voir avec la psychanalyse. Le fait que cette pratique soit uniquement défendue par les défenseurs de la psychanalyse n’est qu’une fâcheuse coïncidence. Par ailleurs, il est établi depuis l’antiquité que l’empaquetage n’est pas une atteinte à l’intégrité physique puisqu’il contribue à procurer une nouvelle intégrité physique, notamment en favorisant la repousse de nouveau membres symboliques. Pour revenir à des considérations plus générales, la psychanalyse s’interdit tout contact physique non symbolique depuis les mésaventures de s’Endort de Fonzie. Nous nous limitons à chatouiller symboliquement l’inconscient avec nos calembours interprétatifs. Comme je le disais moi-même au dernier jubilé du signifiant franco-argentin : « Jeux de mains, jeux de vilains, jeux de mots, jeux de Lacanaux »

L’embrigadement des enfants, le discours antisocial, les troubles à l’ordre public

Nous n’embrigadons personne et surtout pas les enfants. Si ceux-ci demeurent dans nos hôpitaux de jours et dans nos pataugeoires, c’est le résultat de l’émergence de leur désir et non un embrigadement. Notre discours est pro-social puisqu’il condamne les dérives perpétuelles du complot gouvernemental, capitaliste, scientiste et mondialisé qui vise à annihiler la singularité de chaque sujet, le tout dans le but de maintenir un ordre public par des méthodes cognitivo-comportementales, au mieux qui rappellent les sombres heures de notre histoire, au pire fascistes. Et vous savez à quel point nous exécrons et nous combattons l’ordre public au moins autant que nous vantons le champ social bien fait.

L’importance des démêlés judiciaires

Je vois venir de loin les profanateurs brandir le spectre des scissions multiples et historiques, nécessaires au rayonnement de notre discipline. Sachez par ailleurs que la multiplication des affaires récentes, de la sorcière scientiste à la diffamation de la Grande Prêtresco, ne sont que le résultat d’un odieux complot qui vise à surestimer l’importance des démelés judiciaires dans notre fonctionnement. Il ne fait aucun doute que ce vilain complot se terminera grâce à une nouvelle action en justice.

L’éventuel détournement des circuits économiques traditionnels

Je ne vois pas en quoi cela nous concerne. Il est vrai que l’un de nos cardinaux fut récemment injustement persécuté par le fisc, notamment pour ne pas avoir déclaré une partie non négligeable de ses revenus en liquide, mais il se trouve que l’inconscient ne se déclare pas! Il se parle! Le liquide, c’est la vie. Son rôle symbolique est indispensable à tout bon déroulement de toute cure qui se respecte, à l’exception des reglements du grand Autre sécuritaire social.

Les tentatives d’infiltration des pouvoirs publics

Il est vrai, je l’admets, que le coup du rapport de l’INSERM, dont nous n’entendrons plus parler, a du faire mal à certains. Or il s’agit d’un mal pour un bien puisque nous l’avons décidé ainsi. Que le peuple ne soit pas trop Douste blasé mais qu’il se préoccupe davantage du risque inhérent à toute dérive scientiste, une expression tout à fait pléonastique au demeurant. Intéressons-nous notamment ce député nommé Fasquelle, dont l’inconscient est visiblement infiltré par les services spéciaux comportementalo-fachos. A coté de ça, nos sympathisants des pouvoirs publics paraissent bien inoffensifs. Vous verrez que bientôt, ils tenteront de nous voler, que dis-je, de désinfiltrer nos médias!

L’adoption d’un langage propre au groupe

Cette invocation éminemment projective n’est que le reflet de l’incomplétude d’accomplissement d’un désir triplement dérefoulé, pour ne pas dire déraisonné au détours de trois nœuds borroméens déployés par un grand Autre social dont le narcissisme défaillant n’aurait su désymboliser la problématique œdipienne mal triangulée en termes d’équilibre de parlêtre, tout ceci n’étant pas sans signifier autrement, puis doublement dans un contraire de dénégation que la vérité du sens ne l’est que de notre coté, donc justifiée.

La modification des habitudes alimentaires

Le régime des pates sans beurre demeure le compagnon indispensable à la durabilité sincère d’une cure rondement menée, ce qui ne saurait justifier d’une dérive au saint-nectaire.

Le refus de soins

Les thérapies cognitives et comportementales ne sont pas du soin, mais des dérives éducatives. Dissuader nos analysant d’y recourir n’a donc aucun rapport avec quelconque refus de soins. Que la messe soit dite!

Une situation de rupture avec la famille ou le milieu social

Nous avons déjà abordé ce point! Que de radotage chez ces miviludiens! Veulent-ils nous conditionner?

Un engagement exclusif pour le groupe

Dois-je encore répéter que nous prônons les approches intégratives, plurielles, différentielles, multifacettes et j’en passe? Ceci à condition qu’il s’agisse de soin véritable et non de subterfuge pour supprimer ou cacher des symptômes!

Une soumission absolue, un dévouement total aux dirigeants

Comme le disait l’un de nos plus grands prophètes, chacun de nous ne s’autorise que de lui-même, une capacité décernée lors de la passe par le psychanalyste didacticien qui s’est également autorisé de lui-même lors de sa passe et ainsi de suite jusqu’à ce fameux prophète. Nous voyons donc que le fait de s’autoriser de nous-même est un véritable antidote contre la soumission et le dévouement total. Si nous ne cessons jamais de citer nos prophètes et cardinaux pour appuyer nos dires, c’est car notre pensée coïncide comme par magie à la leur, ceci illustrant la puissance d’une discipline qui conjugue à merveille la liberté de penser pagnienne au respect des penseurs premiers.

La perte d’esprit critique et la réponse à toutes les questions existentielles

C’est justement notre esprit critique qui nous permet de répondre à toutes les questions existentielles, ceci à deux conditions : que cet esprit critique ne soit manié que par les nôtres et que les réponses à ces questions existentielles soient soumises à cet esprit critique qui est le nôtre. L’inconscient est un tout, qui contient tout, qui répondra à tout mais seulement par l’intermédiaire du psychanalyste, et, surtout, qui restera insaisissable à toute tentative scientiste d’en définir ne serait-ce que les contours. Nous sommes les seuls à pourvoir dompter la vérité!

J’espère que grâce à ma délicieuse réthorique, vous pourrez rassurez la population face à des allégations d’aligators mal allongés et aux trompes mal ligaturées.

Saint-nectairement vôtre,

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Catégories :Blesse-Femme, Cas leçons, Concis des Rations, Petits Fions et Laits Très Fermés

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4 réponses

  1. Mets kélüm ourdi! mekelamour!
    régalien !

  2. Merci Jean Marie de Lacan,

    Enfin nous voici définitivement lavés de tout soupçon !

    Votre démonstration montre à la face monde que les paranoïaques ce sont les AUTRES !!!

    Quel indescriptible soulagement de voir que notre combat trouve là un ancrage aussi puissant.

    Lacan vivra ! Lacan vaincra ! Même si les vaches ont froid (surtout en ce moment)

    Votre dévoué,
    Lutin sur Tête de Dragon

  3. la lecture assidue de la revue lacanquotidien.fr apprendrait aux pauvres profanes, combien nous autres psychanalystes avons réponse à tout, pour tout et sur tout…
    vous vous posez des questions sur James Joyce, Aristote, Platon, Clint Eastwood, Panowsky, Le Titien … pas de problèmes sous la houlette du Très Vénérable Jacques Alain Miller, vous aurez des réponses, car nous sommes, nous les SEULS à donner une opinion éclairée…

  4. Ah, s’il-vous-plaît, ne mouillez pas le Saint-Nectaire.

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