Billets au nouveau Président de la République

Monsieur le Président,

Je souhaite préalablement et sans détournement saluer votre victoire historique qui demeure avant coureur, avant jupon et sans surcroit substancié celle de la psychanalyse à la française. Vous n’êtes pas sans ignorer de ne point oublier la situation dramatique dans laquelle se trouve actuellement notre fière discipline, et donc, la santé mentale, l’humanisme et la démocratie dans leur ensemble.

Nous avons été purement et simplement harcelés, pris en otage par votre prédécesseur et ses amis qui souhaitaient nous imposer la réglementation du statut de psychothérapeute, l’évaluation de nos pratiques, la limitation de nos dépenses, la suppression des symptômes, à savoir autant de prétextes fallacieux qui cachaient la volonté de nous éradiquer, nous qui sommes les seuls à savoir entendre la souffrance comme il faut l’écouter. Mais nous avons résisté, et nous sommes là, devant vous, prêts à récupérer nos acquis ainsi détroussés.

Vous savez que le merveilleux rayonnement de la psychanalyse ne peut s’exercer si celle-ci se voit sans cesse critiquée sur des futiles questions d’efficacité, et encore moins si celle-ci subit la concurrence déloyale du dressage protocolisé des thérapies comportementales et cognitives.

Contrairement à ce que disent nos profanateurs, si nous sommes opposés à l’évaluation, ce n’est pas en raison de notre manque d’efficacité, mais car l’évaluation de nos pratiques constitue un viol de notre intimité sexuelle et convictionnelle selon le deuxième commandement freudien, et surtout car cette évaluation conduit inéluctablement à la féminisation des pouvoirs et donc à la régression intellectuelle globale de l’humanité, à l’homoparentalité et autres méthodes de procréations farfelues médicalement assistées visant à la désintégration familiale, à la désertification de nos divans, à la disparition dramatique de la salvatrice angoisse de castration, à la confiscation de notre reconnaissance « d’utilité publique », au suicide collectif du collectif des 39, à la libération sous caution des scientistes détenus dans nos donjons, à la légalisation de l’œuvre de Sophie Robert, et enfin la retraite de nos troupes en Argentine.

Contrairement à ce qu’expectorent nos blasphémateurs, si nous prêchons la liberté de choix depuis que la Chasse à Fesse ne nous recommande plus, il ne s’agit pas d’un retournement de veste, car nous voulons évidemment parler de la liberté d’un choix qui doit être effectué par le psychanalyste, non par le patient et encore moins par sa famille ou sa mère dont nous avons démontré la toxicité depuis des millénaires.

Je ne vous ferais pas l’affront de vous rappeler à quel point nous avons œuvré pour extraire les malades de nos asiles, ceci afin que nous puissions y séjourner sans y être importunés. Nous avons fièrement reconduit les patients chez eux, dans la rue ou dans les prisons afin qu’ils puissent vivre librement et laisser émerger leur désir eux aussi sans être importunés. Or une nouvelle loi totalement liberticide nous impose désormais d’aller les chercher chez eux quand ils vont mal pour les ramener à l’asile. Que devient donc l’humanisme si un patient ne peut plus jouir de ses symptômes tranquillement chez lui, dans la rue ou en prison? Que devient de par là même notre pratique ancestrale qui ne consistait qu’à administrer des injections de neuroleptiques à ceux qui viennent nous importuner dans nos temples médico-psychologiques? Que devient notre puissance si nous ne pouvons plus décider de qui sera psychotique, de qui sera hystérique, sans être en conformité avec l’odieux DSM? Que deviendrons nous si l’obligation de moyens n’est plus l’obligation de NOS moyens? Que deviendrons nos patients si nous ne pouvons plus les faire patauger ou sculpter des œuvres d’art fécales, si nous sommes contraints de les normaliser pour qu’ils s’adaptent à la société, cette société pourrie de laquelle nous nous sommes nous-mêmes coupés avec succès?

Il est évident qu’après les patients, ce sont les psychanalystes qui seront poussés à s’adapter à ce que les fascistes appellent le progrès.

Alors Monsieur le Président, sauvez nous, sauvez notre saint clivage salut-taire! Et vite!

Sophistiquement vôtre,

JMDL

PS : je vous prie d’insister auprès de votre phallique Premier Ministre sur la nécessité d’insérer parmi les mesures les plus urgentes à mettre en oeuvre par le gouvernement la dissolution immédiate et sans préavis du KOllectif 7 janvier, ceci en raison d’un manque de respect blasphématoire et récurrent à notre égard.

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Catégories :Blesse-Femme, Con-Sec-Ration, Concis des Rations, Petits Fions et Laits Très Fermés, Pro-Fesse Scie

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4 réponses

  1. J’ose espérer, Monsieur le Président, que vous avez lu (et peut-être même commencé à comprendre) l’exemplaire dédicacé du « Sinthome » de notre Maître Lacan, que vous a remis J.-A. Miller le 20 mars 2005, au cours de l’entretien que vous lui avez accordé rue de Solférino, en compagnie de son très amusant frère Gérard, du Sénateur Jean-Pierre Sueur et d’Agnès Aflalo, ouvreuse en chef du temple premier.
    J’ose espérer aussi que vous avez bien remis à Mme Ségolène Royal l’exemplaire dédicacé qui lui était destiné.
    (Pour des détails : communiqué n°47 de l’Agence de Presse Lacanienne sur : http://www.forumdespsychiatres.org).

    Jammeke

  2. Ce Hollande nous fait rire.
    Comme, nous l’écrivions le 18 octobre 2011 dans le Lacanquotidien (n°62 ), nous savons, nous, que « la normalité est soit un leurre soit le signe d’une structure psychique peu enviable ».
    Nous pensions que ce Hollande ne serait pas élu, car « “Un candidat normal” n’est sans doute pas beaucoup plus aimable aux Français qu’un analyste équilibré à un analysant ».
    Maintenant qu’il l’est quand même, attendons de voir « s’il saura briser ce semblant qui le préserve de l’ubris dénoncée chez ses [anciens] rivaux », Dominique Strauss-Kahn et Nicolas Sarkozy.

    Rappelons à la suite de Pierre Rey – qui fit 10 ans d’analyse chez Lacan, à raison de 5 séances par semaine – « Il n’est d’éthique que la mise en acte du désir. Le reste est littérature » (Une saison chez Lacan. Laffont, p. 209).

    Attendons de voir si Hollande a de l’éthique, la vraie, celle du désir.

    Jacques Rilaquand

  3. « La dénonciation de la psychanalyse est le symptôme du malaise contemporain. » Par Judith Miller

    En allant un peu vite j’ai cru lire: « la dénonciation de la psychanalyse est comme un match de foot: notre équipe contre le reste du monde. »

    Lutin sur tête de Dragon

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