L’Assez-Goal-Haine de la psychanalyse

Chers disciples,

Je souhaiterais vous présenter, pour ceux qui ne la connaissent pas encore, une sœur d’arme de pointe et de poing de premier rang, dont la verve nous rappelle celle d’une saillante socialiste ayant connu son heure de gloire durant la campagne présidentielle de 2007.

Elle fut invitée en ce mardi 22 mai par l’odieux homme des cimes et la mère qui cause pour cette émission télévisée extrêmement vulgaire, populiste, et dans laquelle elle a été séquestrée et contrainte au débat face à divers charlatans : un pseudo-pleutre, un psychiatre dépressif et une entraineuse. Grâce à la mise à jour de notre logiciel anti-dénaturation de propos, les tracasseries de montage n’ont pas pu s’opérer si bien que la psychanalyse peut en ressortir plus glorieuse que jamais.

J’en tiens pour preuve cinglante cette première intervention grâce à laquelle notre assez-goal-haine parvient enfin à répondre à la perfection à la question :

Comment se déroule une psychanalyse?

L’analyste c’est très particulier, c’est un métier à tisser. Donc pour être analyste il faut soi-même avoir été analysé bien sûr et à un moment donné c’est une transmission, ça ne s’apprend pas à la faculté, ce n’est pas un savoir, c’est pas un savoir faire avec des stratégies qu’on applique, c’est une écoute très particulière dans un cadre très particulier avec une fréquence où on reçoit des personnes, et c’est, l’analyste prête sa présence, il prête son corps tout entier où il laisse résonner l’association libre de son patient, ce qui est un peu comme quand on prend le train, quand on regarde un paysage qui défile, on voit des choses dans le désordre. Une dame qui secoue son linge par la fenêtre, une vache qui passe, une église etc. Bon, on associe librement et au bout d’un moment, et bien dans cette association libre, on révèle son inconscient et qui parle à travers moi. Quel est cet autre que je ne connais pas et qui m’habite à mon insu et qui fait que ça remonte à la surface. Les rêves, l’enfance, les traumatismes anciens qui ne peuvent se vivre que maintenant, dans un second temps qu’on appelle l’après coup, dans le cadre de sécurité qu’apporte un analyste par sa présence. C’est avant tout s’entendre soi dans cet espace particulier où l’analyste prête non pas son savoir, son savoir il doit l’oublier, qu’il soit lacanien, freudien, ou on disait Winnicott, on s’en fiche! Il est un être humain face à un autre être humain qui souffre et il est là pour l’accueillir, le contenir et l’accompagner jusqu’où il veut aller.

Il est désormais de notoriété publique que le métier (à tisser) d’analyste n’est pas de tout repos. Il n’est effectivement pas donné à tout le monde de pouvoir, en toute sécurité, livrer son corps tout entier à l’analysant et de se faire passer dessus respectivement par un train, une vache et une église, ceci tout s’assurant, non seulement que les vaches soient bien gardées, mais également que le linge (phallique) soit bien secoué, tout ceci pour la bonne émergence d’un inconscient chrétien ainsi bien accompagné.

Dans l’hypothèse où nos détracteurs ne seraient pas convaincus de la débauche d’énergie pulsionnelle mise à disposition par l’analyste, notre Assez-Goal-Haine répond à une deuxième question qui nous anime autant qu’elle nous abîme :

Qu’est-ce que l’écoute psychanalytique?

On parle de la talking cure : cure par la parole. Et l’analyse c’est pas la cure par la parole c’est la cure « en parlant » c’est à dire qu’il n’y a pas que la parole, il y a aussi les silences, il y a aussi une petite musique de nuit. Nous, analystes, on n’écoute pas seulement ce que dit le patient explicitement c’est à dire le sens des mots. On s’en abstrait et on se met dans un état que l’on appelle l’écoute flottante, c’est à dire, on écoute la petite musique de nuit : les ratés, les ruptures, le grain de la voix, et on reçoit ça dans notre corps comme une caisse de résonance, je dirais. […] Ça peut être très intéressant justement d’écouter comme disait Freud, dans une écoute entre sommeil et veille si j’ose dire. Oui parfaitement parce que on n’est pas dans une stratégie où on dit : on va amener cette personne à faire ceci pour qu’elle aille mieux. On est sans savoir, sans désir, pour elle, et quelque part on vide notre tête pour essayer d’écouter tout à fait autre chose, tout à fait autre chose qui dépasse cette personne elle-même.

Outre le fait que le Prophète Premier s’est évidemment inspiré de Mozart, il s’est en revanche appliqué à écouter « autre chose », cet « autre chose » que nous seuls sommes en mesure d’entendre entre veille et sommeil. Pour vous donner un exemple, tentez de saisir ce qui survient pendant la demi-seconde où votre téléviseur passe en mode veille. Vous l’avez? Vous l’avez? Et bien si vous ne l’avez pas, c’est que vous n’êtes pas encore psychanalyste.

Dans le cas, fort peu probable, où le détracteur dent-taire ne serait toujours pas convaincu après le test de la télévision pourtant saisissant, notre Assez-Goal-Haine répond à ce qui peut être considéré comme une troisième question :

Que savent les psychanalystes de leurs patients?

Alors je trouve que pour certaines personnes, s’endormir ça peut être signe qu’ils se lâchent totalement, et qu’ils arrivent justement, pourquoi pas même à rêver l’espace de trente secondes […] et puis ça peut être une résistance à ne pas s’impliquer aussi mais il n’y a pas une interprétation à plaquer sur une personne. Parce que ça c’est dangereux. Déjà qu’ils projettent sur nous qu’on est un sujet supposé savoir. Et je crois qu’il faut casser cette image. Dans le joli reportage qu’on a vu, on a vu que nous les psys, on est invités tout le temps, érigés tout le temps comme des gens savants, on ne sait rien! On est là pour accompagner une personne jusqu’où elle veut aller elle, dans sa vie, jusqu’où elle veut aller elle dans ce voyage, dans cette aventure analytique.

Oui, nous pouvons dire que le sommeil, ou plutôt le demi-sommeil doit être réservé à l’analyste. Lorsqu’il s’agit de l’analysant, à savoir du client, ce sommeil relève de la résistance anale ou, au contraire, d’une émission de gaz paroxystique et symbolique. C’est donc à peu près tout ce que nous pouvons prétendre être supposés avoir su ou savoir en tant que tel…

La mention blasphématoire du rapport dont nous devons taire le nom par le pseudo-pleutre donne l’occasion ultérieurement à notre assez-goal-haine de clarifier la position des psychanalystes quant au risque d’apocalypse évaluatrice. Il s’agit alors de la réponse à une nouvelle question récurrente et rémanente :

Mais pourquoi l’évaluation est-elle si méchante?

Alors oui mais là je m’érige contre des études générales, dans la mesure où je trouve que, aujourd’hui, on cherche du sens, on veut tout régenter, tout formater et c’est la mort du sujet. C’est à dire qu’aujourd’hui, les pouvoirs publics, en général – j’espère que maintenant ça va enfin changer parce qu’on a beaucoup d’espoir que ça change – mais, euh, vont vers, justement accentuent vers un sujet qui doit ne pas faire de bruit et ne pas être différent. Et la psychanalyse, c’est quand même une approche subversive, qui permet quand même au sujet, hein, de trouver son originalité, et de ne pas correspondre au moule d’une société de l’avoir. […] Mais c’est complètement absurde d’évaluer. Comment peut-on évaluer? Évaluer ce sont des chiffres, c’est une normativité. La psychanalyse, elle va! Elle ne veut pas créer un sujet normal, elle veut créer un sujet avec toutes ses failles.

Tout est dit : comment peut-on effectivement évaluer? L’évaluation souhaitée relève du blasphème, l’évaluation effectuée relève du sacrilège, un sacrilège qui nous mènera à plus ou moins moyen terme vers la fameuse apocalypse scientiste déjà promise par les premiers papes.

Enfin, chers disciples, s’il ne fallait retenir qu’une seule phrase prononcée ce jour par notre assez-goal-haine, ce serait certainement :

La psychanalyse amène à être plus vulnérable mais moins fragile.

Méditons ensemble et revisionnons, ou plutôt révisons, toujours ensemble ce glorieux débat.

Vulnérablement vôtre,

enquete-de-sante-2012-05-22-20h35.html

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Catégories :Cas leçons, Est-ce car Mouches?, Terre à Pies, Trouduction

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3 réponses

  1. oui c’est vrai ça disait la mère Denis, merci à cette grande dame d’avoir souligné ce qui ne pas plus de nos jours et qui font se déserter nos divans : « Alors oui mais là je m’érige contre des études générales, dans la mesure où je trouve que, aujourd’hui, on cherche du sens »
    C’est horrible ça, cette recherche de sens, y’a que nous qu’on a le droit !

  2. Absolument H.D.G. Je dirais même qu’avec leur obsession d’évaluer à tout va, ces pauvres âmes égarées TCC (Troubles Connexes Circonvolutionnés) cèdent à l’angoisse archaïque de la peur de l’Autre: ils pulsent leur système projectif du contrôle des catégories avec des petites cases dans des tableaux sur un format A4.

    C’est désolant, parce qu’on s’aperçoit qu’ils osent poser des questions aux patients, sur leur ressenti vis à vis de l’efficacité de la séance, et leurs demandent carrément périodiquement si ils se sentent mieux. Cela ne devrait jamais être rendu public, surtout devant une caméra, ça cause trop d’ennuis à la Psychanalyse.

    Avant c’était plus simple: le patient payait, il ne faisait que payer, pas répondre à des tests ou des questionnaires, et plus il payait, plus il lui fallait rentabiliser son investissement, ce qui nous facilitait grandement leurs fidélités !

    Lutin sur Tête de Dragon

  3. oui bien sûr;peut être; sait on j’aimais; hum hum, format A4, oui mais..peut être un peu petit ou trop gland….
    Bien à vous tousse
    sissi

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