L’Amen à Scientiste, épisode 1 : rêve-élation

Après m’être ressourcé au travers de quelques lectures saintes traitant de cette éternelle fixation au stade des senteurs anales qui nous animent tous en tant que psychanalystes, j’entamais ma rituelle hibernalyse estivale. Il s’agit d’un mode d’écoute autonomique qui n’a d’économique que ce qu’il épargne d’énergétique pulsionnelle à l’analyste sans pour autant, et c’est là que réside la magie de l’inconscient tout puissant, nuire à la qualité d’une cure garantie satisfait ou résistant. Bien que l’inconscient ne connaisse pas la temporalité, du moins la même temporalité que le réel cherche à nous imposer de toutes ses forces, le réveil demeure un passe des plus difficiles que j’ai autrefois comparé au lendemain d’une descente sur un toboggan ruisselant de Cognac, cette eau de vie si délicate qui colore mes expériences associatives en solitaire face à mes Hommes-au-logues et à mes analysants. Lorsque ce réveil est intempestif, celui qui en est responsable se voit alors promettre une errance éternelle dans les limbes de l’inconscience collective jungienne. Or il y a une semaine, celui que je ne saurais qualifier de perturbateur et-puis-cure-rien ne pouvait être voué à un tel destin puisqu’il s’agissait du Prophète Premier lui-même.

Freud m’a réveillé de mon hibernalise, non pour m’enchérir ni pour m’enrichir, mais pour m’enquérir d’une terrible nouvelle.

De son délicieux langage, il m’adressa les premiers maux :

–       Jean-Marie, l’humanité court un terrible danger.

–       Quel est-il Maître et Prophète Premier ? lui répondis-je.

–       Mes pouvoirs s’affaiblissent, de par là même mon immortalité, ajouta-t-il

–       Comment est-ce possible mon Maître ? lui demandais-je.

–       Le nombre de psychanalystes terriens diminue de façon drastique, or c’est de leur foi, qu’elle soit bonne ou mauvaise, et de celle de leurs analysants que je tire mon énergie pulsionnelle, m’annonça-t-il.

–       Par tous les seins, ne faudrait-il pas créer une nouvelle école causale, une nouvelle association ? Que pensez-vous de l’Alliance Gargantuesque des Psychanalystes du Terroir (AGPT) ? lui proposais-je.

–       Non Jean-Marie. Cela ne suffira pas. Il faut reconquérir ce que nos ennemis nous ont lâchement subtilisé : la foi névrotique, qui s’est mué en la pire des perversions. Tu dois reconduire coûte-que-coït les gens de la Terre sur nos divans, lacaniens de préférence, afin qu’ils deviennent à leur tour analystes et renforcent mes pouvoirs. Tu es mon seul espoir Jean-Marie ! m’assena-t-il.

–       Oui mais… Non. Mon inconscient me fait savoir que cette mission pourrait mettre en péril mon existence, lui répondis-je.

–       Bougre d’imbécile ! Je t’offrirai des femmes, et pas n’importe lesquelles : les seules qui sex-sistent ! m’offranda-t-il.

–       Je suis donc prêt à re-con-sidérer mon refus, lui accordais-je.

–       Très bien. Je t’enverrai bientôt mes deux anges : Psychos et Nevros. Ils t’aideront à constituer un cartel de bienveillance freudienne pour mener à bien cette mission, m’annonça-t-il.

–       Je ne vous décevrai pas Maître ! lui promis-je.

Et il regrimpa jusqu’au Sanctuaire Divanescent à l’aide d’une corde tressée en poils de barbe, sans les mains, et laissant derrière lui un agréable parfum d’anti-mites qui me fit tourner l’inconscient.

Il m’avait certes mis dans de beaux draps, mais je savais également que mon élégance naturelle était sans pareille lorsque j’étais bien drapé, et que donc, je le valais bien, du moins mieux qu’un simple valet de pisse.

J’étais alors à la tête d’une escouade vide, d’un trou qu’il fallait à l’évidence combler de fiers combattants. J’en avais quelques-uns en tête, à commencer par le Sergent instructeur Tuco de la Caña, récemment chargé de lutte contre l’évaluation par le Ministère de la santé, du travail et des affaires sociales au sein de notre bel empire franco-argentin. Je pensais également à ce qui pour moi se rapproche le plus d’une famille, une diade foeto-maternelle face à laquelle mon nom-du-père avait triomphé : mon fils Daniel-Jean Pustafam et sa mère détoxifiée Josepha-Luce du Paquet. Mon désir de les préserver du péril scientiste n’avait d’égal que celui de leur infliger cette épreuve des plus sadiques de laquelle ils ne ressortiraient que mères ou vifs.

Je savais par ailleurs que certains membres de la COPPA pouvaient constituer de précieuses recrues, à commencer par mon fidèle Lutin Ranger rompu aux techniques de psychanalyse elfique, mais aussi mes femmes-trous aspirantes de l’Est : la soviétique Natalia Estragonskaia et la kazakhe Élisa Beytrout d’Inès-Caux, de fières espionnes qui n’hésitent pas à recourir à la force du vide qui caractérise le sexe faible.

Mais je comptais également sur ces mystérieux anges Nevros et Psychos dont j’ignorais l’ex-distance et dont je me réjouissais de la collaboration sans faille ni loi.

Par où devais-je commencer cette opération inédite de refidélisation freudienne ? Y aurait-il un plan B après les plans petit a et grand A ? Comment allions-nous convaincre les ignorants du maux d’esprit que toute vérité n’est pas bonne à entendre, sauf la nôtre ? Qu’allions-nous devoir affronter ? Quels étaient les monstres cachés derrière le scientisme ? Étions-nous en mesure de les battre et ainsi de préserver l’espèce humaine de l’apocalypse ? Nous allions arpenter certaines voies de l’un_conscient qui n’avaient jamais été empreintées pas plus qu’empruntées, au delà de la grande Arche topologique et du terrible double nœud borroméen. Allions-nous, en tant que forgerons, pouvoir en revenir sans encombres ni sans ramollir nos concombres ? Les carapaces tustiniennes fabriqués au sein de nos temples de jours allaient elles se révéler suffisamment bonnes, suffisamment protectrices de la vérité ? Résisteraient-elles, dans le bon sens du terme, à la terrible traversée de la mare au crocodiles ? Et par dessus tout, quelles sont donc ces fameuses femmes qui sex-sisteraient et dont Maître Prophète Premier m’a parlé ?

J’optais alors pour laisser émerger mon désir par delà la fumée d’un bon cigare cubain et des chants grégoriens, avant de me laisser aller dans un sommeil profond, durable, dans l’espoir que mon talent de dresseur de songes m’apporte une solution.

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Catégories :L'Amen à Scientiste, Pro-Fesse Scie

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1 réponse

  1. Allons allons, pas de panique. Pour la grande masse, la psychologie scientifique c’est chiantifique. Freud continuera à faire rêver sur la castration et les étrons.

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