L’Amen à Scientiste, épisode 2 : Le chant de mes anges

Péniblement réveillé par mon coucou transférentiel, je constate que le nombre de ses décharges phalliques propulsées sur la petite clochette indique 10 heures lacantes, soit le moment de la rencontre avec mon premier analysant de la semaine : Jean-Pierre, un être dont la vulgarité suscite chez moi un contre-transfert pour le moins diarrhéique et donc, difficile à contenir. Celui-ci ne cesse de ponctuer son discours de « Qu’en pensez-vous Docteur ? » sans jamais s’interroger sur le fait que cette question relève du blasphème le plus abominable et m’oblige à brandir dans son dos mon amulette freudienne en guise de rituel protecteur. Son salaire raisonnable de cadre supérieur lui permet toutefois de s’acquitter de trois séances hebdomadaires sources d’une jouissance pécuniaire dont je ne saurais me lasser, ce depuis maintenant une quinzaine d’années. Je n’oublierai jamais cette période si difficile de la cure lié à son désir de monter une entreprise pour disait-il : s’épanouir. J’avais beau lui signifier qu’une entreprise n’est pas une femme que l’on chevauche, qu’il était encore trop tôt pour tuer le père et qu’un tel passage à l’acte, outre qu’il puisse mettre en danger ses revenus et donc les miens, était à considérer comme résultant d’une véritable pulsion de mort de laquelle il devait dans l’anticipatoire préalable venir à bout, Jean-Pierre semblait comme il le disait lui-même : déterre-miné. Je trouvais alors dans ma technique du quitte ou triple la solution à tous ses problèmes en lui signifiant que je craignais que son travail avec moi soit terminé, qu’il était probablement trop résistant pour le poursuivre dans une totale sérénité dépulsionnée. Le résultat fut sans appel : il revenait le lendemain en rampant et s’engageait à tripler le montant de ses séances.

Avant de lui ouvrir la porte de mon Antre aux peaux morphées, je prends soin de débarrasser mon divan des cadavres de bouteille de Cognac et autres vomissures avant de laisser émerger une stuporeuse pensée à la revue de mon coucou phallique : mon sommeil a duré une belle petite semaine !

J’ouvre la porte.

–       Entrez Jean-Pierre, c’est par ici.

–       Bonjour, je connais le chemin depuis le temps ! dit-il avant de se sombrer dans un éclat de rire aussi bovin que son transfert.

–       Le chemin est encore long. Je lui réponds alors sans laisser transparaitre ni transpirer mes nausées matinales dont je ne savais plus vraiment si elles étaient dues à ma cuite de la semaine passée ou à mes pulsions d’hétéro-castration contre-transférentielles.

–       Bon, Docteur, il faut que je vous raconte quelque chose qui m’est arrivé et surtout que vous me disiez ce que vous en pensez, car je pense avoir débarrassé ma vie de problématiques encombrantes, m’annonce-t-il fièrement.

–       Rassasié mon envie de promener ma trique en courant ? dis-je ou plutôt « murmure-je ».

–       Pardon Docteur ?

–       C’en est terminé pour aujourd’hui. À demain, même heure, et réfléchissez bien à tout ça, lui dis-je à mon tour fièrement.

Délesté d’un poids symbolique non négligeable, je regagne le questionnement qui m’animait et tente de recoller un à un les fragments les plus signifiants de ma pulsion mémorielle d’il y a une semaine. Il y a certainement une raison plus ou moins consciente pour laquelle le Prophète Premier m’a choisi, mais si l’inconscient de chaque psychanalyste terrien fait parti d’un tout, à savoir le grand inconscient du Prophète Premier lui-même, je ne pourrais pas le savoir sans l’ignorer un peu, mais tout en le prenant également comme un semblant de vérité qui serait à contrario aussi un peu la sienne à condition de ne pas lui mentir même s’il l’avait désiré consciemment.

–       Tu es sur la bonne voie petit près-tendant !

J’ouvre alors les yeux et déporte mon regard vers mon épaule droite pour découvrir une petite créature ailée au phallus ondulant, et à laquelle je réponds outré :

–       Mais qui êtes vous pour oser troubler mon auto-analyse ?

–       Je suis Nevros, ange gardien de la sainte névrose et engendré par Maître Prophète Premier pour la protéger, la cultiver. Et lui, c’est Psychos! Entonne-t-il enroué.

Cent quatre-vingt degrés et dix secondes plus tard, je constate que mon épaule gauche est piétinée par une autre créature, elle aussi ailée, et laide, et dont le phallus tourbillonne.

–       Je suis Psychos, ange gardien de la psychose, que je suis voué à cultiver et dont je dois m’assurer que le sein nourricier soit pressé afin de faire jouir l’inconscient matriciel suprême de Maître Prophète Premier.

Pendant un instant je tente de jauger mon alcoolémie matinale avant de me remémorer les dernières paroles du Grand Maître presque plus immortel pendant sa visite : voici donc les anges qu’il m’envoie pour la croisade. Ces derniers déploient alors un grand tableau de parchemin sur lequel ils commencent à esquisser un schéma-anal-logique en chantonnant, munis de leurs phallus-encreurs à haute pression.

Je comprends alors, au fur et à mesure de cet exposé très signifiant, que si je suis l’élu du Prophète Premier aujourd’hui parmi tous ses enfants de la psychanalyse, il ne s’agit certainement pas du fruit défendu d’un hasard qui n’existe pas plus qu’un rapport sexuel.

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Catégories :L'Amen à Scientiste, Pro-Fesse Scie, Terre à Pies

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3 réponses

  1. Cher Maître Jean Marie de Lacan,

    merci de rappeler à quel point le contrôle de nos payants relève de notre survie, surtout par les temps qui courent après autre chose que les gueuses qui ne peuvent pas bronzer sous la pluie puisqu’elles n’existent pas.

    En petit trublion enmouraché d’un nuage rose pâle en référence au calice des calices que mes dragons ont pris soin d’épargner, il m’est difficile d’envisager les hauteurs des missions qui vous attendent après votre nomination en direct par le très Haut.

    Je souhaite néanmoins vous assurer de mon indéfectible engagement à poursuivre l’ignorance incarnée chez les adeptes des essaimes toi et le ciel t’aidera.

    Lutin sur tête de dragon

  2. ha, Maitre, heureusement que vous êtes là pour remettre les pendules phalliques à l’heure et rappeler tout spécialement ce jour là la prééminence du seul Dieu le père qui vaille face à cette populace célébrant une liberté trompeuse toute symbolique et pas du tout réelle.
    Que l’Inconscient soit avec vous, sur la terre comme au ciel
    Donnez nous notre Freud quotidien
    et pardonnez nos offenses, sur votre Divan je veux bien avec du Cognac si c’est possible

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